Trigger Warning
Ou comment j’ai découvert que ceux qui ont prôné l’automatisation sont devenus, en partie, ceux qui la rejettent.
En 2013, quand j’ai débarqué dans le monde des startups francophones, j’ai lancé une série de conférences appelée Les Barbares Attaquent.
L’idée était simple : les nouveaux barbares, ce sont les ingénieurs capables de fabriquer des produits. Mais j’avais aussi fait une blague. Je disais que ces mêmes devs feraient grève le jour où une IA permettrait au quidam d’écrire un programme.
Ce jour est arrivé.
Avec nuance, évidemment. Beaucoup de devs ont adopté le vibecoding. Mais il est intéressant de voir ce que les plus virulents ratent — et ils sont nombreux, vu la viralité de mes posts sur le sujet.
D’abord, la “qualité du code” est devenue un argument d’ignorants. Quand il fallait optimiser pour 128 KB de mémoire vive, cette génération d’ingénieurs pouvait parler de qualité. Aujourd’hui, avec l’empilement de couches, de frameworks et d’abstractions, cet argument est mort depuis longtemps. Les devs l’utilisent comme un paravent.
Ensuite, il y a l’aveuglement classique face à l’hyper-amélioration en univers contraint. Ceux qui pointent les limites du vibecoding sont obsédés par son état actuel. Ils raisonnent à t0. Toujours la même erreur.
À ceux qui m’expliquent que c’est la dixième fois qu’on leur annonce la disparition des devs, je réponds une chose : il n’y a rien de plus puissant qu’une idée qui a mis longtemps à éclore. Et ce n’est pas un hasard si tant de gens fantasment sur la disparition des devs.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que les devs sont devenus les nouveaux chamans. Pendant trop longtemps, ils ont utilisé l’obscurité technique comme excuse pour ne pas faire le travail. Des générations d’entrepreneurs ont été piégées, frustrées, paralysées par leur propre incompétence technique.
Pendant des années, j’ai supplié les entrepreneurs d’apprendre à coder. C’est terminé. Ils ont l’IA.
Et l’IA change la structure économique du développement. Un code mauvais, libre, rapide, itératif, sans limites ni grincheries, vaut mieux qu’un code parfait, élégant, irréprochable — que personne n’utilise.
Le monde n’est qu’un rapport de forces. Et le leverage des devs vient d’entrer dans une longue agonie.
Aura-t-on encore besoin d’ingénieurs ? Oui.
Mais ils ne seront plus traités de la même manière par la société.
Faire un site internet même quand on est nul.
Plus besoin de coder.
Plus besoin d’un dev.
Plus d’excuses.
Ce soir. Dimanche 21 décembre · 18h–20h (CET)
En ligne — Google Meet
La Leçon de la Semaine
Si vous voulez durer, vous devez penser long terme. Pas en slogans. En décisions concrètes.
Le business n’est pas une course à la maximisation du profit. C’est une discipline de survie. Le profit est indispensable : sans lui, l’entreprise meurt. Mais chercher à le maximiser à chaque période est une erreur structurelle. Cela fragilise la confiance, empêche les investissements nécessaires et rend l’entreprise aveugle face aux ruptures.
Certaines décisions ne sont pas rentables au sens classique. Elles n’ont pas de ROI clair. Elles ne créent pas de croissance visible. Elles servent à rester en vie. Investir pour s’adapter, même si cela réduit les profits à court terme, est parfois une obligation, pas un choix. Ne pas le faire, c’est accepter un risque existentiel.
Le problème vient souvent du mauvais cadre d’analyse. Le ROI est un outil pour les marchés financiers, pas pour piloter une entreprise dans la durée. Wall Street évalue. L’entreprise doit survivre. Les deux logiques ne sont pas les mêmes. Quand vous prenez des décisions internes, raisonnez comme un organisme vivant, pas comme un fonds : quels choix garantissent que l’entreprise existera encore dans dix, vingt, cinquante ans ?
La décision la plus difficile reste celle de se disrupter soi-même. Sacrifier une rente actuelle pour préparer l’avenir. Accélérer une technologie qui affaiblira votre modèle existant. Les dirigeants salariés refusent souvent ce choix : ils protègent le présent, leur bonus, leur horizon limité. Les entrepreneurs l’acceptent plus facilement, parce qu’ils pensent comme des propriétaires. Ils ont l’instinct de survie. Ils ne veulent pas voir mourir ce qu’ils ont construit.
Construire une entreprise durable, c’est donc faire un arbitrage permanent entre profit et continuité. Le profit est une condition de la survie, pas sa finalité. L’obsession de l’optimisation tue à petit feu. L’équilibre, lui, permet de durer.
Le vrai métier du leader n’est pas de maximiser. C’est de tenir.
Le Kiff de la Semaine
Un restaurant japonais pas “classique”, mais une expérience culinaire vivante et créative signée par le chef Reif Othman, une figure majeure de la scène gastronomique de Dubaï. Il a d’abord explosé avec son Reif original à Dar Wasl, et cette adresse à Dubai Hills est sa version plus grande, plus raffinée et entièrement licensed (bar inclus).
Adresse
Dubai Hills Business Park, Building 3,
Dubai Hills, Dubaï, Émirats arabes unis.
À la Semaine Prochaine…
Un Better Call Ouss, ce n’est pas un pitch, c’est une conversation vraie. Tu viens comme tu es : au milieu du chaos, avec une idée floue, un business qui stagne ou un projet déjà lancé. Pas de posture, pas de filtre. On regarde les choses en face, on met tout sur la table, et on repart avec plus de clarté, plus d’énergie, et souvent un plan d’action simple. Ce n’est pas pour ceux qui ont tout compris. C’est pour ceux qui veulent avancer.




No more cruiser coder in companies thanks to ai. In or Out